Les hackers qui pénètrent les sites
Patrice Pelé a également évoqué ces hackers qui s'en prennent aux
sites eux-mêmes. Ils s'introduisent dans le système d'information. Ils localisent
les bases de données qui ont enregistré vos coordonnées bancaires et ils
récupèrent ces informations.
Ceci me conduit à formuler plusieurs remarques :
Premièrement, la pratique qui consiste à conserver les informations de carte bancaire dans une base de données au delà du temps nécessaire au traitement de la commande est très critiquable sur le plan juridique. Elle constitue vraisemblablement une violation de la loi "Informatique et libertés"
si l'internaute n'a pas lui-même autorisé clairement le commerçant à conserver ces informations et n'en a pas clairement été informé dans le cas contraire.
Les sites qui ont recours à cet enregistrement à votre insu sont sans doute dans l'illégalité vis-à-vis de la loi "Informatique, fichiers et libertés". Une précaution consiste donc à vérifier quels sont les engagements du commerçant à l'égard de la protection de votre vie privée et à vous abstenir en cas de flou ou de médiocrité de sa part.
Certains sites proposent une autre option qui consiste à vous demander l'autorisation de conserver ces données pour vous simplifier vos prochaines commandes. Cette pratique pose certaines difficultés pour les sites qui s'y prêtent et, là encore, nous vous invitons à vérifier la façon dont ils évoquent leurs obligations quant au respect de votre vie privée (voir notre article : l'enregistrement des informations de la commande).
Deuxièmement, un cambrioleur qui fracture le PMU du coin et s'empare de la caisse avec toutes les facturettes est exactement dans la même situation que notre hacker "génial". Un
vulgaire malfrat qui subtilise un carnet de chèques après quelques pichenettes dans
votre boîte aux lettres peut vous causer un tort considérable. Sans utiliser Internet.
C'est moins spectaculaire. C'est la vie quotidienne de millions de français. C'est tellement
banal qu'on s'y est habitué. Plus personne n'en parle. Ça ne fait plus la une des
journaux, puisque ça arrive tous les jours. C'est fou comme le quotidien d'un commissariat en
zone urbaine est banal. Alors que les hackers, c'est beaucoup plus télégénique,
même si on ne les voit jamais à l'antenne.
Troisièmement, la loi française est très favorable au consommateur en cas de détournement d'une carte bancaire. Les banques se gardent bien de communiquer sur cette législation.
"Qui a dit
que
sur Internet
on allait pouvoir
acheter sans
faire attention ?"
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Pourquoi stigmatiser Internet ?
Alors pourquoi stigmatiser Internet, puisqu'en réalité aucun système de
paiement n'est absolument sûr : ni la carte bancaire, ni les chèques, ni les
billets, ni les pièces de monnaie n'offrent de sécurité inviolable.
Sans doute parce qu'Internet n'est pas encore entré dans les moeurs d'une grande partie des
journalistes de télévision, des chefs d'entreprises et finalement des français.
Tous ces acteurs de la vie sociale considèrent encore Internet comme un
phénomène marginal quoique à terme incontournable et potentiellement dangereux
à maints égards.
Ils commencent à peine à s'y intéresser en s'attardant principalement sur
l'anecdote (les hackers, les pédophiles, les sites délirants) et négligent
l'essentiel. Or seule une pratique quotidienne d'Internet permet de saisir l'essentiel, justement.
Ils réagissent au feeling, à l'émotion, sans avoir de raisonnement construit
au sujet de ce média. Leur réaction épidermique ("moi, je me garde bien d'acheter
sur Internet !") est le reflet de leur absence de compréhension du média, elle
même conséquente d'une pratique à peu près inexistante.
Il est dommage que la télévision ne se distingue pas assez de cette tendance en
faisant un réel effort d'information plutôt qu'en clonant le discours ambiant de
quelques paranoïaques analogiques.
Comprendre Internet
Internet, c'est la vie ! Sur Internet, il y a des gentils et des méchants, du bien et
du mal, de la sécurité et de l'insécurité. On y trouve les militants des
droits de l'homme les plus actifs et les pires fascistes. Comme dans la vie.
Internet, ce n'est pas de l'informatique, ce n'est pas un réseau complexe et
technologique. C'est avant tout des hommes et des femmes qui communiquent ensemble et véhiculent
leurs mots, leurs angoisses et leurs joies. Et leurs moeurs aussi. Ils travaillent, s'amusent,
achètent, vendent, draguent, jouent, se livrent à toutes les activités de la vie.
Internet ne peut rien filtrer. Ce n'est qu'un moyen.
Donnez un couteau à une bonne soeur au petit déjeuner. Si tout va bien, elle beurre sa
tartine et repose le couteau. Donnez le même couteau à un serial killer ou à un
psychopathe. Il attrapera sans doute le couteau et vous agressera sauvagement avec. Est-ce la faute
du couteau ? Allons-nous blâmer les fabricants de couteaux ? Allons-nous créer
une commission pour surveiller l'utilisation et le commerce des couteaux ? Soyons sérieux.
Il y a des gens irresponsables et il y a des gens responsables. Confiez n'importe quoi à un
irresponsable, il y a des risques que vous alliez à la catastrophe. Peu importe ce que vous lui
confiez.
Qui a dit que sur Internet, on allait pouvoir acheter sans faire attention ? Qui a dit que sur
Internet on était anonyme ? Qui a dit qu'Internet permettait de gagner de l'argent sans
travailler ? Qui a dit qu'Internet allait nous permettre de vivre plus libre ? Qui a dit
qu'Internet allait supprimer la faim dans le monde ?
Quelques simplets.
La télévision et les médias sont là pour informer les personnes afin de leur permettre de prendre leurs responsabilités. Ils ne sont pas là pour dicter aux personnes un comportement. Internet, en fournissant à chacun un moyen d'accéder à des quantités considérables d'informations, parie sur le sens des responsabilités de ceux qui l'utilisent.
En ce sens, Internet est un excellent critère qui permettra de juger si le postulat de la
responsabilité individuelle qui figure au coeur de la démocratie peut s'appliquer à
grande échelle.
J'ai plutôt le sentiment que le nombre de problèmes causés par une utilisation
irresponsable d'Internet est minime par rapport à ce que l'on nous avait prédit, à
ce qu'on aurait pu craindre, et aux cas similaires produits dans la vie analogique en dehors d'Internet.
C'est bon signe pour notre liberté.
